La récente menace de pandémie-on-va-tous-mourir a quelques effets intéressants sur la documentation. Ainsi, La National Academy of Sciences of the United States of America, éditeur entre autres des PNAS, offre l’accès à tous les articles concernant le H1N1 publiés dans ses colonnes (soit une centaine), tout comme téléchargement d’un livre intitulé "Microbial Threats to Health:The Threat of Pandemic Influenza".
Parallèlement, EBSCO a annoncé que la partie de sa base Dynamed concernant ce même ensemble de virus était dorénavant ouverte à tous.
Loin de moi l’idée de critiquer ces initiatives louables. Inversons cependant le point de vue. Même si je ne me sens pas personnellement concerné par cette maladie (mes tests sont négatifs), force est de constater que ce virus semble, à l’heure où j’écris, surtout toucher des pays riches. Y a-t-il des actions semblables, doublées d’annonces, pour le paludisme (entre 1,5 et 3 millions de morts parmi lesquels 90 % d’Africains), le SIDA (2,1 millions de morts en 2007 parmi lesquels 75% d’Africains) ou toute autre maladie touchant principalement des populations pauvres ? Certes, on pourra m’opposer que dès 2001 les plus grands éditeurs du domaine biomédical (Elsevier, LWW, Springer, Wiley-Blackwell), rapidement rejoints par d’autres, ont adhéré au programme de l’OMS HINARI permettant aux pays en voie de développement d’avoir accès gratuitement ou contre un abonnement modique (1000 $) à plus de 3400 revues. Formidable.
Pour autant, cette action n’est pas liée à un programme de développement de parc informatique ou d’amélioration de la disponibilité et de la qualité de la bande passante. Or, selon l’African University Network, rattachée au consortium Global Virtual University, la bande passante pour l’ensemble d’une université africaine moyenne équivaut à celle d’un logement privé en Europe ou en Amérique du Nord. Dès lors, on s’aperçoit rapidement du caractère, sinon vain, au moins très incertain d’une telle entreprise. Mais voilà : autant ouvrir des robinets de flux d’informations ne coûte rien ou pas grand chose, autant permettre réellement l’accès à ce flux nécessite de sérieux investissements.
Dans le cas de la grippe comme dans celui d’HINARI, les éditeurs se sont donc acheté une bonne conscience à peu de frais.