La plupart des ressources électroniques en Droit présentent la particularité de s’adresser à la fois à un public d’étudiants, d’enseignants-chercheurs, mais aussi de praticiens/professionnels. A une échelle moindre, cela est également vrai pour certains produits de santé (les EMC, notamment, mais aussi certaines revues dont l’abonnement octroie des crédits de formation médicale continue – La Revue du Praticien par exemple), et probablement pour d’autres produits encore (Les Techniques de l’Ingénieur).

Par rapport au chiffre d’affaire généré par la clientèle privée, la somme des abonnements souscrits par les universités représente une part bien minoritaire (de l’ordre de 20 à 25%, selon les différents échos). Même si ces divers produits nous semblent chers et pèsent sur notre budget, les tarifs sont bien moindres, proportionnellement, que ceux proposés à la clientèle privée. Dans ce cas, la notion de « tarif public » a une réelle signification. Le travail des négociateurs Couperin prend alors tout son sens, puisqu’il permet de faire baisser de façon substantielle ces tarifs publics.

Pour autant, les éditeurs ont tout intérêt à nous proposer les prix les plus intéressants et raisonnables possible : ils ont là en effet un excellent partenaire de biberonnage. Nous proposons leurs produits à leurs futurs clients, nous formons gracieusement ces derniers, etc.

Sous cette forme, le biberonnage est de bonne guerre. Parallèlement, les éditeurs développent dans le même but, avec un succès que j’ignore, des offres alléchantes « spéciales étudiants ». Rien à redire.

Je perçois d’un oeil moins bienveillant certaines opérations de marketing que je qualifierais volontiers d’agressives. C’est le cas par exemple de la Navis Cup, à l’initiative des éditions Francis Lefebvre. Les intentions de l’éditeur ont au moins le mérite d’être claires. Sous prétexte d’équiper nos chers « digital natives » en ultra-portables et de faire grâce à l’établissement en tête du concours d’une année d’abonnement au Navis Intégral, EFL veut entre autres « Familiariser les étudiants à l’utilisation des ressources électroniques » (comme Google veut familiariser les collégiens à l’usage d’Internet) et « Renforcer la notoriété de Navis auprès des étudiants », notamment dans le cadre d’une nouvelle version de leur plate-forme qui laisse un peu à désirer.

La campagne marketing autour de l’événement est particulièrement importante.

Parmi les joyeusetés habituelles (affiches, flyers,…), et des annonces du type « les blogs en parlent déjà » (vous allez pointer sur le mien ou sur precisement.org ?) EFL innove en faisant du:

« street marketing » à la sortie d’établissements de 5 grandes villes universitaires : Paris, Aix en Provence, Lille, Strasbourg, Lyon, Rennes et Montpellier : des intervenants en robe d’avocat marquée Navis Cup distribueront aux étudiants des dépliants, des bulletins d’inscription et des cadeaux pour les inciter à participer au jeu

Malheureusement, je ne suis pas basé en fac de Droit et n’aurai pas la joie d’assister à ce charmant spectale.

Par ailleurs, EFL incite les bibliothèques à créer un identifiant « NavisCup » et de ce fait à participer activement non pas à un simple et innocent test mais à la campagne de marketing à proprement parler. L’argumentaire pour séduire les bibliothèques est enfin parcouru de divers relents de l’air du temps (« Accroître la renommée de l’établissement pour les premiers du classement (qui seuls seront cités). ») qui m’ont laissé quelque peu dubitatif.

Je ne relaierai pas cette campagne ( notre site annonce simplement un test d’un mois). Je n’ai que faire des ambitions commerciales d’EFL concernant ses futurs clients qui seront nos ex-usagers (sauf s’ils viennent s’inscrire – venez, venez !). Et je ne mettrai pas de robe d’avocat siglée SCD.