La dernière conférence de l’ICOLC (International Coalition of Library Consortia) a été l’occasion de déplorer, une fois de plus malheureusement, la complaisance des éditeurs à s’abriter derrière l’argument de la hausse de la production scientifique internationale (+3 à +4 % par an en moyenne, voir notamment ce rapport de l’International Association of Scientific, Technical and Medical Publishers) pour justifier leurs perpétuelles hausses de tarifs.
Il est vrai que la hausse de contenu est le principal vecteur de croissance du revenu (et donc du cours en bourse pour les éditeurs côtés) dans la mesure où le nombre d’universités et d’organismes de recherche dans le monde est constant et que les marchés indien et chinois auront bientôt été « conquis ». J’aurais toutefois tendance à dire que ce n’est pas notre problème.
Pour continuer à profiter de cette hausse de la production sans susciter d’énormes tollés (ou pire, des désabonnements) de la part de bibliothèques prises à la gorge par les différentes coupes budgétaires, la stratégie actuelle des grands éditeurs semble s’orienter vers la création massive de revues en Gold Open Access (modèle auteur-payeur). Elsevier annonce ainsi la création d’une nouvelle revue en Gold OA toutes les deux semaines environ. L’investissement est minime, le risque business quasi nul (il suffit d’attendre les articles qui viennent tous seuls et non aller chercher les éventuels abonnés), le retour sur investissement confortable, le tout en donnant une image de chevalier blanc de la Science.
Bien évidemment cet investissement dans le Gold OA ne se fait pas au détriment des revues sur abonnement qui restent la principale source de revenus des éditeurs scientifiques. Ici la poule aux œufs d’or s’appelle les « cascade journals ». Il s’agit pour un éditeur de proposer plusieurs revues traitant du même sujet mais de niveau de prestige ou d’exigence différents. Ainsi un papier refusé par une revue de rang « A » peut être publiée dans une revue de rang « B » ou « C ». Le peer-reviewing a déjà été fait, l’auteur (et donc la valeur) est conservé au sein du porte-feuille, bref l’éditeur est content.
Il y a malgré tout fort à parier que cette inflation du nombre d’articles n’aille pas de pair avec l’augmentation globale de la qualité de ces articles. Combien d’articles font simplement état de la compétence de leur auteur, sans pour autant apporter des éléments neufs à leur champ disciplinaire ? Un indice pourrait être le nombre de citations, indice certes bien fruste par rapport à ce que pourrait apporter l’utilisation de description sémantique des relations citant-cité ou même par rapport à certains indicateurs altmetrics , mais qui a le mérite d’être facilement analysable par des outils efficaces, utilisés par les éditeurs et gratuits comme les api CrossRef. Et comme il semble y avoir une corrélation entre usage et nombre de citations (tant que PIRUS n’est pas répandu il sera malgré tout difficile de vérifier cette assertion) , ces articles jamais cités pourraient être très rarement vus, donc inutiles en tant que tels, donc à ne pas prendre en compte dans les estimations globales de coûts à l’article,…
Une brève revue de la littérature laisse penser qu’il n’y a pas eu beaucoup d’études sur ces articles jamais cités. J’ai bien trouvé ces quelques analyses portant principalement sur les articles dans le domaine médical  mais ça semble à peu près tout (amis bibliothécaires si vous avez d’autres références je les prendrai volontiers).
Du coup, prenant mon courage à deux mains et ma clé d’API crossref dans l’autre, je vais essayer de creuser cette question. Il suffit d’avoir une liste de DOIs et un script python codé avec les pieds. On va bien voir ce qu’il en sort, prochainement sur vos écrans.