Cette semaine a eu lieu Berlin11, grand raout international autour de l’open access. Je n’ai pas eu la chance d’y être mais ai pu suivre via twitter quelques échanges intéressants, notamment sur l’Open Access Button, un dispositif permettant de voir en temps réel l’impact des paywalls, ces murs auxquels se heurtent les chercheurs essayant d’accéder à du contenu auquel leur institution n’a pas souscrit. Ces murs existent de manière incontestable. Mais ils n’existent que sur les sites des éditeurs. Il y a également des chemins de traverse qui permettent, au moins idéalement, d’accéder au même contenu. C’est tout l’intérêt du green open access, suivant lequel un chercheur  décide de déposer une ou plusieurs versions d’un article dans un dépôt institutionnel, qu’il soit local ou national.

Je ne sais pas comment un chercheur qui a finalement cliqué sur l’Open Acces button pour signifier qu’il n’avait pas accès à l’article a eu accès à la référence de cet article. Google Scholar ? L’outil de découverte mis à disposition par sa bibliothèque universitaire ? Un lien vers une référence citée par un article auquel il avait accès ? Dans tous les cas, est-on sûr que l’article qu’il souhaitait obtenir n’existait pas en green open access, et qu’il n’était tout simplement pas visible ?

Un bref survol de la littérature semble confirmer que la visibilité, ou plutôt le manque de visibilité, est problématique pour les dépôts institutionnels. Google Scholar par exemple n’aime pas trop le Dublin Core, utilisé en règle générale par les dépôts qui exposent leur métadonnées via OAI-PMH, et a besoin de métadonnées structurées différemment afin de crawler efficacement les dépôts. Ceux qui se conforment aux besoins de Google Scholar obtiennent un taux d’indexation significativement plus important (voir cet article de 2012 de Library Hi Tech).  Mais si Google Scholar concentre une part importante des usages, il ne faut bien évidemment pas se cantonner à ce seul moyen pour donner plus de visibilité aux articles en green open access. Une autre stratégie, suivie par exemple par ORBi, le dépôt institutionnel de l’Université de Liège, consiste à se faire indexer par les fournisseurs d’outils de découverte (au moins Primo, Summon et EDS proposent cela). Il s’agit alors d’intégrer les métadonnées au sein des méga-index de ces outils. J’imagine et j’espère (mais je n’en sais rien) qu’il y a ensuite une sorte de dédoublonnage permettant de faire le lien entre un article et toutes les versions accessibles , y compris en green open access. Ces méthodes sont intéressantes mais loin d’être suffisante à mon sens. On reste dans un silo (Google Scholar d’un côté, l’outil de découverte de sa bibliothèque de l’autre), et pas forcément là où est le chercheur (sur Pubmed, sur un article,…).

En fait, le problème de l’accès à une version open access d’un article est exactement le même que celui de la copie appropriée, cher aux développeurs de la norme Openurl. La meilleure façon, à mon sens, de rendre visible le contenu de dépôts institutionnels est de passer par un outil qui, en analysant les métadonnées (titre, auteur, doi,…) d’un article auquel on souhaite accéder trouve la correspondance dans un dépôt institutionnel. Dspace, l’un des outils de création de dépôt institutionnel les plus utilisés au monde, est compatible avec la norme OpenURL. Toutefois, il semble fastidieux pour une institution de pointer dans sa base de connaissance locale tous les dépôts qu’elle veut rendre visibles à ses usagers. En revanche, je suis tombé tout récemment sur une initiative japonaise, assez ancienne mais toujours active, qui me semble être une piste extrêmement intéressante : AIRway (Access path to Institutional Resources via link resolvers). Airway est un service dont le but est de permettre l’accès aux documents présents dans les dépôts institutionnels via les résolveurs de lien. La cible AIRway est activable dans plusieurs résolveurs de lien (SFX, WorldCat Link Manager, TOUResolver, mais pas celui de Serials Solutions). Pour qu’un dépôt institutionnel puisse utiliser AIRway il faut :

  1. Qu’il puisse clairement distinguer les enregistrements proposant le texte intégral de ceux qui n’ont que des métadonnées bibliographiques
  2. Qu’il dispose dans ses métadonnées descriptives des éléments correspondant à la version finale de l’article publiée sur le site de l’éditeur (DOI, ISSN de la revue, n° de volume, pagination,…)
  3. Qu’il puisse être moissonné par OAI-PMH

Ces prérequis semblent être facilement obervés, pourtant AIRway n’est utilisé que par une grosse quinzaine de dépôt (parmi lesquels celui de la société Max Planck, quand même). Quels sont les obstacles qui conduisent ou ont conduit les établissements qui ont des dépôts institutionnels à ne pas utiliser ce service? Est-ce le simple manque de notoriété d’AIRway ?

Imaginez la puissance d’un tel outil largement adopté combiné avec une volonté politique forte de promotion d’un ZEN green open access ! Cela ne permettrait-il pas de véritablement rebattre les cartes et de se poser sérieusement la question de la légitimité de maintenir des abonnements pesant de plus en plus sur les budgets des bibliothèques universitaires et de recherche ?