La version française de cet article est ici.


 

Since a few years, academic publisers, especially the commercial ones (Elsevier, Wiley, NPG), have been prone to stress the value they bring to the scientific process, and more precisely to scholarly communication. Therefore they define the prices they ask for as « value based » and not « cost based ».

Alicia Wise, from Elsevier, exactly states this point :

And yes, we need to talk, because knowing how the value is assessed is paramount. Alexander Brown, from Springer, described in a 2012 Guardian blog post the value academic publishers add in the process of the dissemination of scientific knowledge. Two key points are stressed : the technical aspect, and the set up of a validation process for articles. Let’s analyse quickly each point.

We have seen that in some cases publishers removed meaning, hence value, to the content they publish. It is obviously wrong, but let’s say that they do their best to produce a good quality type-setting. There are costs attached to this process, no doubt, but there shouldn’t be an over-estimated value for it because it is roughly only a question of applying community defined standards. This article showing a publishing workflow using JATS is a good illustration. Whereas the latest STM report (which is very interesting by the way) reads that an article costs 1261 £ to be produced (it is 40 % of its total cost), the boss of the typesetting company River Valley Technologies who wrote the article cited above thinks that this estimate is almost four times too high (Ok, he is based in India, which must have effects on his production costs). Speaking of type-setting companies, it is interesting to see how often this tasks are performed not in house but by third parties : Elsevier outsources 75 % of its editorial activity, it’s 40 % for Springer, and it’s mostly to Indian companies… In any case, claiming that there is added value here doesn’t seem very relevant.

If the value is not brought by the technical workflow, which is a matter of costs, does it come from peer-reviewing ? Even if this process remains well perceived, the value of peer reviewing is regularly questioned : it is said to slow down the dissemination of research outputs, and in some cases to be only a mock mechanism that cannot tell true from false. I am not sure that Nature Publishing Group recent release about fast track peer review at additional cost will calm the situation. Once again, peer-reviewing process has costs, even if peer reviewers do no get paid. Nevertheless, not only these costs are often artificially high because of the artificially high rejection rates, but also they should not set by their own the value if we want to be consistent with this « value based pricing » approach.

So where does the value comme from ? There is nothing much left, except the prestige of the publisher’s brand. Elsevier, Wiley, Springer, what beautiful sounding words ! Alas, a recent study from Carole Tenopir showed that the parameter « name of the publisher » has no impact on a researcher when he wants to read, cite, or publish, as opposed to the parameter « journal title ». Very important and even crucial for a researcher who wants to publish, the journal title is just an element among others for the researcher who wants to read, the one university libraries pay their subscriptions for. When he wants to evaluate the trust he can give to an article he wants to read, the researcher indeeds refers to traditional criteria (journal title, reputation and impact factor), but also to criteria called navigational by Tenopir (no pay wall, abstract, consistent looking data, clear methods, references) and social (the author is personnaly known or the article was recommended by a colleague). I could not find any study showing that researchers particularly like platforms agregating hundreds of journals. The 2012 Ithaka UK survey of academics mentions that « specific electronic research resources/computer databases » are important for researchers, but it is not known whether it refers to resources like Pumed, Scopus, the Wos, or to publishers websites. Anyway, my feeling is that researchers do not credit value to the importance to the size of a publisher’s catalogue.

If we stick to the primary mission of academic publishers which is production and dissemination of research journals, we realise that value based pricing is all smoke and mirrors and that its goal is to melt production costs in a vague greater whole, hence pulling up the prices and the operative margins. Nothing shows this better than when a publisher asks for additional fees (platform fees, metadata fees – which fortunately barely occurs for current subscriptions) and passes costs while talking about value. Nothing seems to validate this shift from cost based pricing to value based pricing but the fear that publishers could not be able to justify their prices, either for subscriptions or for APCs.

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The English version of this article is here.


 

Depuis quelques années, les éditeurs académiques, notamment ceux dits commerciaux (Elsevier, Wiley, NPG,…), insistent beaucoup dans leurs discours sur la valeur qu’ils apportent au processus scientifique en général et à la communication scientifique en particulier. Cela se traduit par une définition des prix s’effectuant en fonction de cette valeur (value based pricing), par opposition à un prix fixé en fonction du coût de production (cost based pricing).

Alicia Wise, de chez Elsevier, ne le dit pas autrement :

Effectivement, il faut qu’on en cause, car la question de la définition de la valeur est cruciale. Alexander Brown, de chez Springer, décrivait en 2012 dans un article d’un blog du Guardian la valeur qu’apportaient les éditeurs dans le processus de dissémination de la connaissance scientifique. De son discours émergent deux points importants : l’aspect technique, et la mise en place d’un circuit éditorial de validation des articles. Analysons rapidement chacun de ces points.

On a vu que dans certains cas les éditeurs ôtaient du sens, et donc de la valeur, à ce qu’ils publiaient. C’est certes un mauvais point, mais laissons-leur le bénéfice du doute et estimons qu’ils souhaitent faire l’effort d’un type-setting de qualité. Cela entraîne des coûts, certes, mais cela ne devrait pas avoir une valeur démesurée puisqu’on est censé être ici grosso-modo dans l’application de standards bien définis par la communauté. Cet article montrant un système de production basé sur JATS en est la bonne illustration. Alors que le dernier rapport de STM (rapport très intéressant au demeurant) mentionne qu’un article coûte environ 1261 £ à produire  (soit environ 40% du coût total), le patron de l’entreprise de type-setting River Valley Technologies, et auteur de l’article précédemment cité, pense quant à lui que cette estimation est presque quatre fois trop élevée (certes il est basé en Inde et ses coûts de production doivent s’en ressentir). A ce titre, il est intéressant de voir en quelle proportion ce travail de type-setting se fait non pas chez l’éditeur mais chez l’un des nombreux sous-traitants qui existent : 75 % des tâches éditoriales sont externalisées chez Elsevier, 40 % chez Springer, majoritairement en Inde… Quoi qu’il en soit, plaider dans ce cas l’ajout de valeur semble peu pertinent.

Si la valeur ne provient pas de la mise en forme technique, qui est donc une affaire de coûts, vient-elle du  peer-reviewing ? Même si globalement le processus reste bien perçu, la valeur effective du peer-reviewing est régulièrement mise en doute par des critiques pointant les ralentissements qu’il cause à la diffusion et  à la dissémination des résultats de la recherche, voire sa nature, parfois, de simple simulacre ne permettant pas de séparer le bon grain de l’ivraie. La récente déclaration de Nature Publishing Group de vouloir accélérer ce processus contre argent sonnant et trébuchant ne va pas apaiser la situation. Encore une fois, le processus de peer-reviewing a des coûts, quand bien même les reviewers ne sont pas rémunérés. Pour autant, non seulement ces coûts sont souvent artificiellement élevés à cause du fort taux de rejet lui aussi souvent artificiellement fixé, mais en plus si l’on suit la logique du value-based pricing, un coût ne devrait pas définir – exclusivement – la valeur.

Alors d’où vient cette valeur ? Il ne reste pas grand chose si ce n’est le prestige lié à la marque de l’éditeur. Elsevier, Wiley, Springer, comme ces noms sonnent bien ! Las, une étude récente de Carole Tenopir montre que le paramètre « nom de l’éditeur » n’entre en rien dans les considérations qu’un chercheur fait lorsqu’il décide de lire, citer ou publier un article, contrairement au paramètre « titre du journal ». Très important si ce n’est central pour le chercheur qui souhaite publier, le titre du journal n’est qu’un facteur parmi d’autre pour le chercheur-lecteur, celui pour qui les bibliothèques universitaires paient des abonnements. Ce dernier évalue en effet le degré de confiance à un article qu’il lit certes grâce à des critères « traditionnels » (nom et réputation du journal, facteur d’impact) mais également grâce à des critères que Tenopir qualifie de navigationnels (pas de barrière d’accès, présence d’un résumé, de données d’apparence cohérente, d’une méthode clairement définie, de références) ou encore sociaux (connaissance de l’auteur, recommandation par un collègue). Je n’ai pas trouvé d’étude indiquant que les chercheurs étaient sensibles à la présence de plates-formes agrégeant des centaines de titres. L’étude d’Ithaka de 2012 sur les pratiques des chercheurs britanniques mentionne l’importance des « ressources éléctroniques spécifiques ou bases de données » sans que l’on sache précisément si cela fait plutôt référence à des ressources du type Pubmed, Scopus ou Wos ou à des plates-formes d’éditeurs. Pour autant mon sentiment est que les chercheurs n’accordent aucune valeur à l’importance du catalogue d’un éditeur.

Si l’on s’en tient à la mission première des éditeurs scientifiques, à savoir l’édition et la diffusion de revues de recherche, le value-based pricing est donc un écran de fumée qui sert à fondre les coûts de production dans un grand tout assez vague, et donc à augmenter les prix – abonnements ou APC- et les marges opérationnelles qui vont avec. La meilleure preuve de cela se manifeste lorsque des éditeurs font payer des frais supplémentaires (frais de plate-forme, frais de mises à disposition de métadonnées – heureusement c’est assez rare pour les abonnements courants) répercutant ainsi de manière encore plus ouverte des coûts tout en parlant de valeur. Rien ne semble donc valider ce passage du « cost based pricing » à un « value based pricing », si ce n’est la crainte des éditeurs de ne plus pouvoir justifier les tarifs qu’ils imposent, que ce soit pour les abonnements ou pour les APC.